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Steve Bannon s'en va, ses idées lui survivront à la Maison Blanche

L'homme s'en va mais les trois guerres qu'il prédit sont toujours d’actualité pour les Républicains

Steve Bannon va manquer aux libéraux américains. Le président Donald Trump est trop ignorant pour être leur véritable ennemi. M. Bannon a rempli un rôle clé : il fut le génie du mal, l'idéologue haineux, le maître manipulateur, le ''président'' Bannon. Son départ laisse un vide. C’est aussi une énigme, idéologiquement parlant. Est-ce que cela signifie que les nationalistes blancs ont perdu ? Et si oui, devons-nous tous cesser de craindre et de détester le président Trump ?

Sur ce point, les libéraux peuvent se détendre. Les menaces que M. Bannon représentaient ne disparaitront après son départ de la Maison Blanche. En forçant un peu le trait, elles peuvent être résumées comme le risque de trois sortes de guerre : guerre commerciale, guerre civile et guerre mondiale.

Aucune de ces menaces n'a soudainement disparu parce que le stratège en chef de M. Trump a quitté l'administration présidentielle. Parce qu’elles sont le produit de fortes tensions économiques, sociales et internationales que M. Bannon a exploitées, mais qu’il n’a pas inventées.

Pour comprendre pourquoi le ''Bannonisme'' survit - et peut-être même prospère  - après son départ de la Maison blanche, il faut s’intéresser à chacune de ces menaces de ''guerre'', l’une après l’autre.

Le renvoi de M. Bannon a eu lieu à un moment où, aux États-Unis, les commentateurs conservateurs, comme Pat Buchanan, parlaient ouvertement de la possibilité d'une ''deuxième guerre civile''. Comme M. Bannon a été généralement considéré comme le champion du nationalisme blanc au sein de la Maison blanche, son limogeage a suscité l'espoir que le président puisse maintenant s’éloigner de l'extrême droite. Mais c’est peu probable.

Au cours de l’année qui vient de s’écouler, M. Trump a constamment montré qu’il avait un meilleur instinct que ses principaux critiques. Malgré l'indignation provoquée par ses remarques sur les violences de Charlottesville, le président a une fois de plus 'senti' l'opinion publique. Un récent sondage de CBS indiquait que 68 % des électeurs républicains partagent son point de vue selon lequel ''les deux parties'' sont responsables des incidents qui se sont déroulés à Charlottesville.

Cela illustre que ce ''ressentiment blanc'' va bien au-delà des groupes nazis qui manifestent dans les rues. M. Trump continuera à être le relais de cette colère, qui aggrave de dangereux clivages au sein de la société américaine. Si une guerre civile reste hautement improbable, il est possible que la polarisation politique croissante, accompagnée de violences dans les rues et de terrorisme intérieur,  s’accroisse.

Bien que M. Bannon refuse probablement l‘étiquette "nationaliste blanc", il accepterait certainement d’être considéré comme un nationaliste économique. Comme il l'a précisé dans une interview en forme d’adieu accordée au magazine 'American Prospect', il croit que les États-Unis sont déjà en ''guerre économique'' avec la Chine. Le départ de M. Bannon de la Maison blanche témoigne du triomphe des ''mondialistes'', menés par Gary Cohn (responsable du National Economic Council), les tendances à long terme fourniront un terrain fertile au nationalisme économique de M. Bannon.

Le jour où il a démissionné, les États-Unis ont ouvert une enquête officielle sur de prétendus vols de propriété intellectuelle américaine commis par la Chine. L'enquête prendra du temps, mais pourrait facilement aboutir à une confrontation entre la Chine et l'Amérique. L'équipe en charge des questions économiques au sein de l'administration Trump est toujours dirigée par des nationalistes économiques tendance Bannon. Robert Lighthizer, le principal négociateur commercial américain, est d'accord avec M. Trump qui considère que l'excédent commercial de la Chine avec l'Amérique doit être ''corrigé''. Son collègue de la Maison Blanche, Peter Navarro, est l'auteur d'un livre intitulé ''Death by China : confronting the Dragon'' (Mort par la faute de la Chine : affronter le dragon).

Les protectionnistes américains sont également susceptibles de gagner du terrain parce que les politiques industrielles chinoises menacent réellement les industries américaines clés. Le plan chinois ''Made in China 2025'' veut établir la domination chinoise dans des domaines stratégiques du secteur de la haute technologie grâce à des subventions et à des quotas. Ces politiques commerciales chinoises sont susceptibles de provoquer des rétorsions commerciales de la part des États-Unis, quel que soit l’homme en poste à la Maison Blanche. En ce qui concerne le commerce, même la tendance Bernie Sanders du parti démocrate a beaucoup de choses en commun avec M. Bannon.

Et puis il y a la menace d'une véritable guerre. En dépit de sa réputation et de sa rhétorique agressives, M. Bannon peut effectivement être vu comme une force de modération. Dans une interview récente, il a critiqué les menaces de frappe préventive contre le programme nucléaire de Corée du Nord soutenues par ses rivaux au sein de l'administration Trump. M. Bannon est également apparu comme opposé à l'envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan. Le slogan ''America First'' (l’Amérique d’abord) adopté par M. Trump et M. Bannon puise ses racines dans l'isolationnisme, qui s’oppose aux accords internationaux  en matière de sécurité auxquels ses ennemis mondialistes sont favorables.

Une Maison blanche sans M. Bannon peut effacer l’impression que l'Amérique est engagée dans une lutte à mort avec l'islam radical. Mais elle pourrait revenir à une volonté plus traditionnelle d‘affronter des puissances rivales, comme la Chine et la Russie. Cela pourrait augmenter les probabilités de conflit en mer de Chine méridionale, en Corée du Nord, en Ukraine et au Moyen-Orient.

Bien qu'il soit fascinant d'étudier des personnalités controversées comme M. Bannon, il existe des forces structurelles plus profondes - telles que les inégalités croissantes, les bascules démographiques en Amérique et la montée en puissance de la Chine - qui déstabilisent les États-Unis, aussi bien dans ses frontières qu’à l'étranger. C'est pourquoi le ''Bannonisme'' pourrait bien prospérer longtemps après que M. Bannon ait quitté le devant de la scène.